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Mémoire de teinture à la Manufacture Royale


Initié fin 2007, un projet d’édition, intitulé « Mémoire de teinture » (du XVIIIème Siècle) concerne la manufacture royale de Bize-Minervois.

 

Le logis Colbert, vêtu des couleurs de l'automne.

Cet édifice, également dénommé « Logis Colbert », établi au coeur du village ancien et sis en bordure de la Cesse, abrite aujourd'hui des chambres d’hôtes.

 

Mémoire de teinture: ce type de document est de la plus extrême rareté. Il s’agit d’une édition critique bilingue du manuscrit « Mémoires de teinture ». « Un mémoire des ingrédients qu’on emploie, où se trouve leur nature – leurs qualités, leurs propriétés, leur prix et les lieux d’où on les tire, la méthode générale pour teindre en bon teint les couleurs, une instruction sur les débouillis des couleurs en faux teint et un traité d’annotations ; procédés des couleurs en particulier et observations sur icelles. »

 

Il s’agit d’un recueil des ingrédients et procédés en usage dans la teinture des draps de laine, contenant un grand nombre d’échantillons de fin drap de laine teint, rédigé par un teinturier languedocien du XVIIIème Siècle. Il est conservé dans la famille Granel de Solignac à Montpellier qui a donné son accord pour la publication de ce document inédit.

Il est anonyme et sans datation mais des indices contenus dans le texte permettent de situer sa rédaction dans la seconde moitié du XVIIIème Siècle, au sein de la direction de la Manufacture Royale de Bize-Minervois.

Le manuscrit se termine à la page numérotée 96 mais il manque les pages 13-32 dans la seule copie actuellement connue. On trouve des échantillons de drap teint sur 46 pages, le nombre d’échantillons collés sur une même page allant d’un seul à 9 échantillons différents, le nombre total d’échantillons s’élevant à 176.

 

Ce livret de recettes présente un intérêt historique exceptionnel : il n’existe au monde que très peu de documents présentant à la fois une série de recettes de teinture par les colorants naturels – seules sources de teinture jusqu’à la seconde moitié du XIXème Siècle – et en illustration, au regard de presque chaque recette, un échantillon de drap de laine teint suivant le procédé décrit.

Sont ainsi réunis tous les éléments pour identifier les ingrédients et procédés nécessaires pour obtenir une très grande liste de couleurs et nuances identifiées par des noms de couleurs souvent poétiques ou pittoresques (ventre-de-biche, carmélite, gris de lin, rat sur noisette, prune sur truffe, etc.) sont en fait des appellations standardisées dont on trouve certaines mentionnées dès le Moyen-âge dans la littérature technique, les inventaires de garde-robe des rois et grands seigneurs laïques et ecclésiastiques, les épopées, etc. Ces noms correspondaient pour les coloristes/teinturiers à des couleurs et nuances précises mais faute d’un document de référence tel celui dont il s’agit, on ne pouvait en proposer d’identification certaine.

 

Ceci est désormais possible car une analyse colorimétrique de tous les échantillons a pu être effectuée et leurs valeurs exprimées dans le système Ciclab seront publiées en annexe de cette édition critique du manuscrit. C’est donc tout un pan de l’histoire des noms de couleurs qui va se trouver éclairée par la publication projetée.

Un manuscrit du XVIIIème Siècle.

Ce document rarissime permet de constater le haut degré de perfectionnement des techniques de teinturerie à une période d’émergence de la chimie moderne et de recherche d’innovations techniques en Languedoc occidental, une des régions de France alors les plus actives économiquement grâce à la puissance de son industrie textile tournée vers l’exportation à destination de l’ensemble du monde méditerranéen mais aussi vers l’Asie ou l’Amérique du Sud. Un intérêt supplémentaire de ce document est de fournir des éléments inédits sur les performances respectives des teintureries françaises et anglaises, en compétition intense dans la mesure où la beauté et la solidité des couleurs des draps de laine représentait un élément clé du succès auprès des marchés étrangers. Le document permet ainsi de montrer ce qui distinguait des nuances telles que « biche » ou « poudre à canon » réalisées en France du « biche anglais » ou « poudre à canon des anglais ».

Texte rédigé par Dominique Cardon, directrice de recherche au CNRS.

Sont associés à ce projet : Dominique Cardon, Jean-Claude Richard, directeur de recherche au CNRS, Iris Brémaud, docteur en physique, et Witold Nowik, directeur du département de chromatographie, laboratoire de recherche des monuments historiques.

 
 

Last Updated ( samedi, 23 août 2008 )
 
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